Vous aimez chanter, même si vous n’avez jamais pris de cours de musique ? Vous avez peut-être déjà remarqué qu’après une répétition, vous vous sentez plus détendu, de meilleure humeur ou simplement content d’avoir passé un bon moment avec les autres.
Ce ressenti n’est pas seulement une impression.
Depuis une vingtaine d’années, des chercheurs s’intéressent de près aux effets du chant, et notamment du chant en groupe. Stress, humeur, liens sociaux, confiance en soi, bien-être… Les résultats sont de plus en plus intéressants.
Alors, que se passe-t-il vraiment quand on chante en chœur ?

Chanter aide à relâcher la pression
Commençons par un effet que beaucoup de choristes connaissent bien : on arrive parfois à la répétition avec la tête pleine et on en ressort étonnamment léger.
Des chercheurs britanniques ont voulu mesurer ce phénomène. En 2016, Daisy Fancourt et ses collègues ont étudié 193 personnes touchées par le cancer, qu’il s’agisse de patients ou de proches aidants. Tous participaient régulièrement à des chorales au Pays de Galles.
Les chercheurs ont mesuré leur état émotionnel et leur niveau de stress avant et après une heure de chant collectif. Ils ont également analysé leur salive afin de mesurer différents marqueurs biologiques, dont le cortisol, souvent associé à la réponse au stress.
Après la séance, les participants se sentaient de meilleure humeur et rapportaient moins d’émotions négatives. Les chercheurs ont également observé une diminution du cortisol et des modifications de plusieurs marqueurs biologiques impliqués dans les réponses immunitaires.
Attention toutefois : cette étude était préliminaire et concernait des personnes touchées par le cancer. Elle ne permet donc pas d’affirmer que chanter en chorale « booste les défenses immunitaires » ou qu’une répétition remplace une prise en charge médicale.
Mais elle apporte quelque chose de très concret : le chant collectif peut avoir des effets mesurables sur l’humeur et la réponse au stress.
Et pour cela, pas besoin de chanter parfaitement juste.
Chanter ensemble rapproche vraiment les gens
C’est peut-être l’un des résultats les plus amusants des recherches sur le chant choral.
En 2015, des chercheurs de l’Université d’Oxford ont suivi pendant sept mois des adultes qui commençaient ensemble une nouvelle activité. Certains faisaient du chant, d’autres de l’écriture créative ou de l’artisanat.
Les participants ont régulièrement évalué le sentiment de proximité qu’ils ressentaient avec les autres membres de leur groupe.
Résultat : les chanteurs se sont sentis proches des autres beaucoup plus rapidement.
Au bout de quelques mois, les différences entre les groupes avaient disparu. Mais au début, le chant semblait jouer un véritable rôle d’« accélérateur » du lien social. Les chercheurs parlent d’un ice-breaker effect, autrement dit d’un effet « brise-glace » du chant.
Cela correspond assez bien à ce que vivent beaucoup de nouveaux choristes : on arrive parfois dans une salle où l’on ne connaît presque personne et, très vite, on partage quelque chose avec les autres.
On respire ensemble. On écoute les mêmes phrases musicales. On recommence un passage plusieurs fois. On réussit finalement à chanter quelque chose ensemble.
Il n’est donc pas si étonnant que le chant puisse créer rapidement un sentiment d’appartenance.
Le chant peut aussi faire du bien au moral
Les recherches ne se limitent pas aux effets immédiats d’une répétition.
En 2018, Elyse Williams, Genevieve Dingle et Stephen Clift ont réalisé une revue systématique de la littérature scientifique consacrée au chant en groupe et à la santé mentale. Ils ont retenu 13 études représentant au total 667 participants vivant avec un problème de santé mentale.
Les résultats des études suivies dans le temps vont dans le même sens : pendant leur participation à des groupes de chant, les participants ont connu une diminution de la détresse psychologique et une amélioration du bien-être et de la qualité de vie. Les études qualitatives font également ressortir le plaisir, l’amélioration de l’état émotionnel, le sentiment d’appartenance et la confiance en soi.
Les auteurs restent cependant prudents : les études analysées présentent des limites méthodologiques et des recherches plus solides sont nécessaires.
C’est important de le préciser. La science ne dit pas que « chanter soigne la dépression ». Elle montre plutôt que le chant en groupe pourrait constituer une activité favorable au bien-être psychologique et au lien social, y compris pour des personnes rencontrant des difficultés de santé mentale.
Et cela nous rappelle une chose essentielle : une chorale n’est pas un cabinet médical. C’est avant tout un lieu où l’on vient chanter.

On travaille aussi sa respiration et sa posture
Chanter demande de respirer différemment, de mobiliser son souffle, de se tenir suffisamment droit pour laisser la voix circuler et d’apprendre à contrôler son émission vocale.
Ce n’est donc pas très surprenant que les choristes parlent souvent de ces aspects lorsqu’on leur demande ce que le chant leur apporte.
Dès 2001, les chercheurs Stephen Clift et Grenville Hancox ont étudié les bénéfices rapportés par des membres d’une chorale universitaire. Les participants évoquaient notamment le bien-être et la relaxation, mais aussi la respiration et la posture. Des travaux ultérieurs menés auprès de plusieurs centaines de choristes ont retrouvé ces mêmes dimensions.
Il faut néanmoins faire une distinction importante : dans ces études, il s’agit principalement de ce que les choristes disent ressentir, et non de mesures médicales démontrant que leur capacité respiratoire ou leur posture se sont effectivement améliorées.
Autrement dit, on peut raisonnablement dire que beaucoup de choristes ont le sentiment de mieux respirer ou de mieux se tenir grâce au chant. On ne peut pas en déduire que la chorale constitue à elle seule un entraînement respiratoire ou postural.
Chanter, c’est aussi apprendre
Il y a un autre bienfait que les études mesurent moins facilement : la progression.
Au début, il faut parfois apprendre à trouver sa voix parmi celles des autres. Puis viennent les partitions, les paroles, le rythme, les nuances, les départs du chef de chœur, les respirations…
Petit à petit, on mémorise. On écoute mieux. On apprend à reconnaître son pupitre. On ose davantage.
Et puis arrive ce moment où un passage qui semblait impossible quelques semaines auparavant fonctionne enfin.
Cette progression développe forcément certaines compétences musicales : écouter, mémoriser, contrôler sa voix, respecter un rythme, chanter en harmonie avec les autres.
Mais elle peut aussi apporter quelque chose de plus personnel : la satisfaction de constater ses propres progrès.
Les recherches sur le chant en groupe font d’ailleurs régulièrement ressortir la confiance en soi et le sentiment d’accomplissement parmi les bénéfices rapportés par les participants.

Et puis… il y a le plaisir de chanter
C’est peut-être le bénéfice le plus évident et pourtant le plus difficile à mettre en chiffres.
Chanter une chanson que l’on aime.
Découvrir un nouveau répertoire.
Réussir enfin un passage compliqué.
Rire pendant une répétition.
Sentir que les voix se rejoignent sur un accord.
Et, après plusieurs semaines de travail, chanter devant un public ce que l’on a construit ensemble.
La science peut mesurer le cortisol, évaluer le bien-être ou comparer la vitesse à laquelle des personnes se rapprochent. Elle mesure beaucoup moins facilement le plaisir que l’on ressent lorsqu’un morceau prend enfin vie.
Et c’est probablement une très bonne raison de chanter.
Faut-il savoir chanter pour rejoindre une chorale ?
Non.
La plupart des chorales amateurs accueillent des personnes qui ont des niveaux très différents. Certaines ont déjà chanté pendant des années, d’autres n’ont jamais pris de cours de chant.
Ce qui compte surtout, c’est l’envie de chanter et la curiosité de découvrir ce que l’on peut faire avec sa voix.
Vous n’avez pas besoin d’attendre d’être « assez bon » pour commencer.
C’est justement en chantant que l’on apprend.
Alors, pourquoi ne pas essayer ?
Les recherches scientifiques sont de plus en plus nombreuses à montrer que le chant en groupe peut contribuer au bien-être, favoriser les liens sociaux et améliorer l’expérience émotionnelle de ceux qui le pratiquent. Elles montrent aussi que certains effets sont mesurables, tout en rappelant que le chant n’est ni un médicament ni une thérapie miracle.
Mais il existe une manière beaucoup plus simple de vérifier si le chant choral vous fait du bien : essayez.
Les chorales de Chorales en Chœur proposent des répertoires et des fonctionnements différents. Chants du monde, gospel, musique baroque et bien d’autres univers musicaux sont représentés dans le réseau.
Consultez l’annuaire des chorales pour découvrir celles qui se trouvent près de chez vous, leurs répertoires et leurs horaires de répétition.
Vous trouverez peut-être simplement une activité musicale qui vous plaît.
Et peut-être aussi un groupe avec lequel vous aurez envie de chanter longtemps.
Les principales études citées
- Fancourt, D., Williamon, A., Carvalho, L. A., Steptoe, A., Dow, R. & Lewis, I. (2016). Singing modulates mood, stress, cortisol, cytokine and neuropeptide activity in cancer patients and carers. ecancermedicalscience, 10, 631.
- Pearce, E., Launay, J. & Dunbar, R. I. M. (2015). The ice-breaker effect: singing mediates fast social bonding. Royal Society Open Science, 2(10), 150221.
- Williams, E., Dingle, G. A. & Clift, S. (2018). A systematic review of mental health and wellbeing outcomes of group singing for adults with a mental health condition. European Journal of Public Health, 28(6), 1035-1042.
- Clift, S. & Hancox, G. (2001), puis travaux ultérieurs sur le chant choral et le bien-être. Ces recherches ont notamment étudié les bénéfices rapportés par les choristes en matière de bien-être, relaxation, respiration, posture et vie sociale.